La Cotisation Foncière des Entreprises, plus communément appelée CFE, constitue l’un des deux piliers de la contribution économique territoriale (CET) avec la Cotisation sur la Valeur Ajoutée des Entreprises (CVAE).
Elle concerne l’immense majorité des entreprises, y compris les micro-entrepreneurs, et représente un impôt local incontournable pour toute activité professionnelle exercée de manière habituelle.
Cet article propose une analyse complète de son régime juridique, de ses modalités de calcul et de ses implications pour les professionnels.
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I. Nature juridique et fondement légal
La CFE a été instaurée par la loi de finances pour 2010, remplaçant l’ancienne taxe professionnelle. Elle est régie par les articles 1447 et suivants du Code général des impôts (CGI).
Elle frappe toutes les personnes physiques ou morales qui exercent, à titre habituel, une activité professionnelle non salariée sur le territoire français.
Autrement dit, elle s’applique à toute entreprise, quel que soit son statut juridique (micro-entreprise, société, association exerçant une activité lucrative, etc.), dès lors qu’il existe une exploitation ou une activité professionnelle régulière.
Son principe repose sur une logique territoriale : elle est due dans chaque commune où le contribuable dispose de locaux, terrains ou installations servant à l’activité.
II. Les redevables de la CFE
Sont redevables de la CFE :
- les entrepreneurs individuels, y compris les micro-entrepreneurs et auto-entrepreneurs ;
- les sociétés commerciales (SARL, SAS, SASU, EURL, SA, etc.) ;
- les professions libérales et les travailleurs indépendants ;
- certaines associations lorsqu’elles exercent une activité lucrative régulière.
Sont en revanche exonérés, sous conditions, les artisans travaillant seuls sans salariés, les exploitants agricoles, les artistes-auteurs, ou encore certaines entreprises implantées dans des zones spécifiques bénéficiant d’allègements fiscaux (ZFU, ZRR, bassins d’emploi à redynamiser, etc.).
La CFE n’est pas due par les salariés, ni par les particuliers qui n’exercent aucune activité indépendante.
III. L’assiette de la CFE
A) Principe général
L’assiette de la CFE est constituée par la valeur locative cadastrale des biens immobiliers utilisés pour les besoins de l’activité professionnelle au cours de l’année N-2.
Autrement dit, la CFE due en 2025 se calcule sur la valeur locative des biens occupés en 2023.
Cette valeur locative est déterminée par l’administration fiscale selon des critères cadastraux (surface, nature du local, emplacement, usage). Elle sert également de base à la taxe foncière.
B) Cas des activités sans local professionnel
Lorsqu’un entrepreneur n’exerce pas son activité dans un local professionnel (ex. micro-entrepreneur travaillant depuis son domicile ou à distance), la commune applique une base minimale d’imposition fixée par délibération du conseil municipal.
Cette base minimale varie en fonction du chiffre d’affaires ou des recettes réalisées. En moyenne, elle s’établit entre 200 € et 800 € pour les micro-entreprises, mais peut être supérieure selon la commune.
C) Particularités pour les activités multi-sites
Lorsqu’une entreprise dispose de plusieurs établissements, la CFE est due dans chaque commune où une implantation est identifiée. L’administration répartit alors la base imposable selon la valeur locative de chaque établissement.
IV. Le calcul et le recouvrement de la CFE
A) Taux et calcul du montant
Le taux d’imposition est voté chaque année par les collectivités locales (communes et intercommunalités). Le montant de la CFE résulte du produit suivant :
CFE = base d’imposition × taux communal.
À cette somme peuvent s’ajouter des frais de gestion et des taxes additionnelles votées par les établissements publics de coopération intercommunale.
B) Exemple de calcul
Un entrepreneur exerçant une activité de services depuis son domicile, sans local dédié, relève de la base minimale.
Si la commune a fixé une base de 350 € et un taux de 30 %, la CFE due s’élève à 105 €, auxquels peuvent s’ajouter quelques euros de frais de gestion.
C) Déclaration et paiement
L’administration vous transmet la première année un formulaire CFE à remplir. Notament pour connaître la surface utilisée pour votre activité professionnelle. Si vous êtes à domicile, déclarez 1m2.
Par la suite, la CFE est automatiquement calculée et notifiée chaque année via l’espace professionnel sur le site impots.gouv.fr.
Le paiement s’effectue en ligne, généralement avant le 15 décembre de chaque année. Les entreprises peuvent opter pour la mensualisation afin de lisser le paiement.
V. Exonérations, abattements et réductions
A) Exonération la première année
Toutes les entreprises nouvellement créées bénéficient d’une exonération totale de CFE pour leur première année d’activité. Cette mesure vise à alléger le démarrage des activités économiques.
B) Exonérations permanentes ou temporaires
Certaines activités bénéficient d’exonérations spécifiques :
- artisans exerçant seuls ou avec un apprenti ;
- entreprises implantées dans des zones prioritaires (ZFU, ZRR, ZAFR) ;
- auto-entrepreneurs dont le chiffre d’affaires est nul pendant toute l’année ;
- associations reconnues d’utilité publique ou à but non lucratif sous conditions de gestion désintéressée.
Les collectivités peuvent également décider d’exonérer certaines entreprises par délibération (jeunes entreprises innovantes, entreprises de création artistique, etc.).
C) Abattement pour création ou extension
Un abattement dégressif peut s’appliquer en cas de création d’établissement ou d’extension d’activité. Il s’agit d’un avantage fiscal destiné à favoriser le développement local.
VI. Obligations déclaratives et contrôle
Le contribuable doit s’assurer de la concordance entre les informations déclarées et la réalité de son activité : adresse, nature des locaux, chiffre d’affaires. Tout changement d’adresse, de surface ou de statut doit être communiqué à l’administration fiscale.
En cas d’erreur ou d’omission, l’entreprise peut demander un dégrèvement ou une rectification. À l’inverse, un contrôle peut entraîner un rappel d’imposition.
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VII. Les enjeux pratiques et conseils de gestion
A) Anticiper le coût dès la création
De nombreux entrepreneurs sous-estiment la CFE lors de la création de leur activité. Or, même en l’absence de bénéfice, la cotisation reste due. Il est donc recommandé d’intégrer son montant prévisionnel dans le budget dès la première année d’activité.
B) Vérifier le montant chaque année
Les communes ajustent régulièrement leurs taux et leurs bases. Un contrôle annuel du montant indiqué dans l’avis de CFE est conseillé pour éviter toute surévaluation ou erreur.
C) Adapter sa stratégie d’implantation
L’entrepreneur qui exerce sur plusieurs communes peut, à terme, optimiser son implantation en fonction de la fiscalité locale. Certaines collectivités pratiquent des taux modérés pour attirer les entreprises.
D) Se faire accompagner
L’assistance d’un expert-comptable ou d’un avocat fiscaliste permet de sécuriser la compréhension de la base imposable, d’identifier les exonérations applicables et de vérifier les décisions de la collectivité.
VIII. Conclusion
La Cotisation Foncière des Entreprises illustre la contribution des acteurs économiques à la vie locale. Bien qu’elle soit souvent perçue comme une charge, elle repose sur une logique de solidarité territoriale et de financement des infrastructures publiques.
Pour l’entrepreneur, la clé réside dans la prévoyance, la rigueur déclarative et la connaissance du droit fiscal local. La CFE, lorsqu’elle est anticipée et correctement gérée, ne constitue pas un frein à l’activité mais un paramètre de gestion maîtrisable au service d’une entreprise conforme et pérenne.
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